Expositions - Exhibitions - Art contemporain - Paris - Belleville

Nicolas Milhé, Bruno Botella, Vincent Ganivet, Matthieu Blanchard, Emilie Ding, Bevis Martin, Charlie Youle, Emmanuelle Lainé



, L'Aménagement du pessimisme, 10.04.2015 - 06.06.2015

It is evident that Nicolas Milhé is constantly negotiating the position of his work, work which he makes sure to hold between two points of tension: the political and the aesthetic. This acknowledgement is insufficient, instead we must experience the to-and-fro between these conceptual poles in order to understand what his work seeks to interrogate.

Nicolas Milhé manipulates political codes while always keeping aesthetic effect in his line of fire, for example, polishing symbols of the Republic whose campaign posters he covers in make-up and whose values he portrays in necklaces or on roofs, all to better emphasise their essential meanings. But let’s start over with politics. Politics is relative to the affairs of the state and how its management of them; politics is an organised society, a structured whole; with an eye to results and definitive action, it is a functioning architectural mass whose coordinated elements are interdependent; it is an organised body, a body supplied with organs, a living, regulated and ordered body. It is these organs that inhabit the body of both the Republic and the politics that Milhé detaches, separates and interrogates. These organs of power are at the heart of the problem raised and manipulated by the artist, because if organs are, in a general sense, means and motivations, they are more precisely, according to their common root in latin, organum, instruments.

The question of the “instrument”, exactly like that of “instrumentalisation” which derives from it, intervenes at every level of the artist’s work. “Certain organs are nothing but products, instruments created by the organism: as such, bones, teeth, the centre of the eye are instruments that the individual conserves throughout his life and which are never renewed.” (Claude Bernard, Principles of Experimental Medicine, 1875). Bones, teeth and eyes, all modelled on other emblematic (even problematic) architectural details, are symbols whose renewal Milhé interrogates and which he “instrumentalises” as much figuratively as literally. He therefore removes them from the political organism to modify them, replace them and return them, alone, enlarged or reduced, in reverse or at a slant in another form of organism: art. More generally, work “instruments”, measuring “instruments” and musical “instruments” are all objects conceived in order to function as a mode of expression, and as such, are liable to shape our minds, that is, “to instruct” us (instrumentum, instruere.)

But “to instruct” is also “to instruct” in the sense of the instruction required in a trial in which one must research and assemble all necessary elements in order to put a case before a judge. The affair in question here, in the work of Nicolas Milhé, concerns the sustainability of every organisation or organism, be it political, economic, aesthetic or simply alive.


De toute évidence, Nicolas Milhé négocie en permanence la position d’un travail qu’il veille à maintenir entre deux points de tension, politique et esthétique. Il ne suffit pas d’en faire le simple constat mais de faire l’expérience du trajet aller-retour entre les deux pour comprendre en chemin de quoi il est question.

Nicolas Milhé manipule les codes de la politique avec en ligne de mire un effet esthétique qui joue par exemple à lustrer à l’excès les attributs d’une République dont il maquille les affiches de campagne, monte les valeurs en collier ou sur les toits, pour mieux en éclairer le sens premier. Mais reprenons depuis la politique. La politique est relative aux affaires de l’État et à leur conduite, la politique c’est la société organisée, c’est un ensemble structuré, en vue de résultats, d’actions déterminées, c’est une architecture viable dont les éléments coordonnés sont interdépendants, c’est un corps organisé, un corps pourvu d’organes, un corps vivant, réglé et ordonné. Ce sont ces organes qui habitent le corps de la République et par extension celui de la politique que Nicolas Milhé détache, sépare et interroge. Ces organes du pouvoir sont au coeur de la problématique soulevée et manipulée par le travail de l’artiste, car si les organes sont de manière générale des ressorts, des moyens, ils sont plus précisément, depuis leur origine commune en latin, organum, des « instruments ».

Cette question de l’ « instrument » tout comme celle de l’ « instrumentalisation », qui en dérive, intervient à tous les niveaux du travail de l’artiste. « Certains organes ne sont que des produits, que des instruments créés par l’organisme; ainsi les os, les dents, les milieux de l’oeil sont des instruments que l’individu conserve toute sa vie et qui ne se renouvellent plus » (Claude BERNARD, Principes de médecine expérimentale, 1875). Les os, les dents, les yeux, à l’image d’autres détails architecturaux emblématiques, voir problématiques, sont des symboles dont Nicolas Milhé questionne le renouvellement et qu’il « instrumentalise » au sens figuré comme au sens propre. Il les prélève donc à même l’organisme politique, pour les modifier, les remplacer, puis les replacer, seuls, grossis, réduits, à l’envers ou de biais dans un autre genre d’organisme, celui de l’art. De manière générale les « instruments » de travail, les « instruments » de mesure, les « instruments » de musique, sont des objets conçus pour servir de moyen d’expression et de ce fait, sont susceptibles de former notre esprit, c’est-à-dire de nous « instruire » (instrumentum, instruere, etc.).

Mais « instruire », c’est aussi « instruire » dans le sens de l’instruction d’un procès où il s’agit de rechercher et de rassembler tous les éléments nécessaires afin qu’une affaire soit mise en état d’être jugée. Et l’affaire en question ici, dans le travail de Nicolas Milhé, concerne la viabilité de tout organisme qu’il soit politique, économique, esthétique, ou simplement vivant.



Laetitia Paviani, 2014